17 mars 2013

Chronique #61 : Norlande

Norlande
Auteur : Jérôme Leroy
Edition : Syros Jeunesse
Collection : Rat noir
Paru le : 15 Mars 2013
Prix : 14e

4ème de Couverture :

« Tout, finalement, est allé très vite après cette étrange conversation entre maman et moi à la cafétéria. C’était quelques mois avant que l’événement ne se produise, quelques semaines avant que l’Autre n’entre en scène.

Dans la mythologie norlandaise, le temps est circulaire, représenté par un serpent qui se mord la queue. Depuis cette table, dans ma chambre de la clinique, jamais une image ne m’a semblé aussi juste.

L’événement, l’Autre ont toujours été là. A attendre, sur un point du cercle. Et c’est moi, nous, toute la Norlande, qui allions à la rencontre de ce point sans le savoir et sans pouvoir l’éviter. »

Jérôme Leroy transpose dans un pays de Scandinavie imaginaire la tragédie qui a eu lieu le 22 juillet 2011 sur l’île d’Utoya, en Norvège, et donne la parole à une jeune rescapée. Magistral et bouleversant.

Mon avis :

                Norlande, ce n’est pas un coup de cœur, c’est un coup de poing. Poignant, « magistral et bouleversant » : ça oui !


                On suit Clara, jeune fille norlandaise, qui a survécu au massacre et qui, huit mois après la tragédie, se met à écrire dans un cahier. Dans ce cahier, cette longue lettre à Emilie, Clara se remémore et se dévoile, tout en se débâtant avec les souvenirs de l’horreurs et son sentiment de culpabilité. On la sent évoluer, tout au long de sa lettre, guérir -autant- qu’il l’est possible.

                A travers ses écrits, nous découvrons la Norlande, ce pays de contes de fées, paisible et pur, où rien ne semblait pouvoir arriver. Cette Norlande d’avant, comme le déplore plusieurs fois Clara. Je me suis surprise à rêver de ces paysages, de cette terre un peu hors du temps, dans les souvenirs de Clara, malgré l’horreur sous adjacente, la menace qui monte.

                Le personnage de Clara ma profondément touchée. Sa convalescence est longue et douloureuse, bien plus sur le plan mental que physique. Dans cette lettre, où elle couche sur le papier ses sentiments, elle évoque aussi sa honte, l’horreur qu’elle se fait, et celle qui s’est abattue sur la Norlande. Car oui, il y a eu massacre, oui elle a survécu tandis que d’autres sont morts. Mais on sent, tout au long du roman, qu’il y a quelque chose de plus. Quelque chose de secret et d’enfouit. Qui la confronte à sa culpabilité.

Avec le personnage d’Emilie, la correspondante française de Clara, à qui est destinée cette longue lettre, on entrevoit la situation Européenne, Française. On voit la haine, la peur des autres. On entend des propos surprenants, mais foncièrement effarants. Comment a-t-on pu en arriver là ? Au-delà de Clara, au-delà de la Norlande, ce roman porte à réfléchir sur sa relation à l’autre, à l’étranger. La montée des parties extrémistes, des propos xénophobes au quotidien.

« Je me suis demandée si c’était moi qui devenait obsédée, obnubilée ou, encore une fois, s’il y avait vraiment quelque chose de pourri en Norlande.
La réponse, tu la connais, désormais, Emilie.
La Norlande la connaît.
Le monde entier la connaît. » 


C'est aussi une prise de conscience pour Clara qui, comme son amie, comme sa mère, aimerait s'engager, agir, compter pour quelque chose.

Le tout est mené d'une main de maître, avec une plume sensible et délicate, profondément affectée, fragile parfois, tout comme l'est Clara. À travers les crises,  la thérapie, les souvenirs, elle reconstitue peu à peu les semaines, les mois d'avant l’évènement  Elle ouvre des portes, passe des caps, s'avance vers l'après l'Autre, vers la vie qui doit reprendre.

Je voudrais, pour conclure cette chronique, remercier les éditions Syros pour ce service presse et la découverte de ce roman qui m'a profondément ému. 

***



(7/35 Livres lu)

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